L'AFRIQUE, POUBELLE DE L'EUROPE ?
L'étau de la dette contraint le Sud à accepter les industries polluantes du Nord. L'assujettissement du Sud par la dette contribue ainsi à en faire la poubelle du Nord. La FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), dans un rapport récent, s'inquiète de l'augmentation des déchets toxiques en Afrique. Les stocks de pesticides sur le continent étaient estimés à 48 000 tonnes il y a un an. Aujourd'hui, le chiffre est de 120 000 tonnes. | ||
Ces pesticides périmés entraînent des risques graves pour la santé des populations. L'OMS (Organisation mondiale de la santé) estime à 20 000 par an le nombre de décès dus à ces produits (DDT, chlordane, etc.). En contaminant l'eau et le sol, ils peuvent contaminer des terres agricoles. Dans les pays en développement, environ 30% des pesticides vendus chaque année ne répondent pas aux normes internationales. A Addis-Abeba, 30 tonnes de pesticides périmés sont stockés en plein centre de la ville. Pour toute l'Ethiopie, 3 400 tonnes sont accumulées depuis plus de vingt ans. Faute d'incinérateurs à haute température, la destruction de ces produits ne peut se faire qu'au Nord, à un coût moyen de 3 500 dollars la tonne. En dix ans, 3 000 tonnes ont ainsi été traitées. Mais dans le même temps, d'énormes quantités sont venues grossir les stocks. Au moment où les pays du Nord signent des conventions (Convention de Rotterdam qui régit le commerce des produits chimiques dangereux et des pesticides, Convention de Stockholm sur les polluants organiques en mai 2001), ils négocient avec les pays du Sud pour que ceux-ci enfouissent chez eux des produits dangereux. Ainsi 29 millions de tonnes étaient en négociation avec une dizaine de pays d'Afrique, moyennant une compensation financière. Jusqu'ici la mobilisation des populations concernées a empêché ces enfouissements, comme en Angola, au Bénin, au Congo. Mais les pressions financières sur ces pays sur endettés continuent. Une mobilisation populaire contre les effets polluants des multinationales est alors nécessaire, la dernière en date a eu lieu au Nigeria cet été. Plus de 2 000 femmes des communautés Itsekiri et Ijaw, du Sud du Nigeria, ont occupé les locaux des compagnies pétrochimiques Royal-Dutch/Shell et Chevron-Texaco. Elles exigent, en contrepartie des pollutions entraînées par les exploitations pétrolières, des emplois pour leurs enfants et leurs époux, et la dépollution de leur environnement. |
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La police nigériane a répondu par des tirs, entraînant le décès d'une manifestante, avant qu'un accord soit trouvé entre compagnies et populations. Plus généralement, pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette ou se main -tenir au pouvoir, les gouvernements du Sud sont prêts à surexploiter et à brader les ressources naturelles (minerais, pétrole, pêche, etc.), à mettre en péril la biodiversité, à favoriser la déforestation, l'érosion des sols, la désertification, et à importer des déchets toxiques. Il est urgent d'annuler la dette et de donner aux pays endettés la possibilité de satisfaire leurs besoins en recourant à des procédés de production non polluants et non gaspilleurs. CLAUDE QUEMAR ( CADTM France Bulletin n°4 novembre 2002. e-mail france@cadrm.org ) |